Tera, un magnifique projet d'innovation économique et sociale

Penser autrement: 

 

Dans le sud-ouest de la France, il est un minuscule village loin des grands axes de circulation et des flux de touristes, où il se passe des choses intéressantes et prometteuses, précisément parce qu'il s'agit d'une petite commune en voie de dépeuplement et dont l'économie locale se résume à très peu de choses

C'est cette commune qu'ont choisie les membres du projet Tera - comme Tous ensemble vers un Revenu d'Autonomie - pour y implanter le prototype de leur maison bio-climatique, démontable, nourricière et écologique. Cette maison sera la version expérimentale de la dizaine d'autres qui devraient sortir de terre pour constituer ensemble l'éco-village à empreinte écologique nulle ou  positive, économiquement autonome et auto-organisé sans hiérarchies, dont le modèle essaimera dès qu'il aura été testé et validé par ses premiers habitants.

 

C'est ainsi que le projet Tera sollicite actuellement pour se réaliser,  l'accord de la municipalité de Masquières dans le Lot et Garonne après avoir obtenu le soutien des autres collectivités territoriales du département et de la région. Car le projet ne se fera qu'avec l'accord de toutes les parties prenantes. Ainsi le déclare son animateur principal Frédéric Bosqué, ancien entrepreneur social et responsable du SOL Violette à Toulouse, qui a lâché toutes ses attaches institutionnelles pour se consacrer corps et âme à la réalisation de ce projet d'habitat du futur.

Fred Bosqué n'est plus un  inconnu en Suisse romande pour toutes celles et ceux qui se sont intéressé-e-s aux monnaies locales et à Alternatiba-Léman. Il développe un discours extrêmement clair et enthousiasmant sur la complémentarité des monnaies locales et du revenu inconditionnel de base ou allocation d'existence, qui - s'il était versé en monnaie locale au moins en partie - aurait pour avantage de stimuler et soutenir l'économie d'un territoire ainsi que de développer le tissu entrepreneurial. Evident, mon cher Watson. Mais comment n'y avons-nous pas pensé plus tôt ?

Prudent et méthodique, il a conçu un projet sur 10 années dont les 3 premières ont été consacrées à constituer la communauté, faire un état des lieux en allant visiter les différentes expériences en transition dans l'Hexagone, rédiger les statuts et la Charte des valeurs. C'est à quoi s'est attelée l'Assemblée générale de l'association Tera qui vient d'avoir lieu ce dernier week-end de mars 2016.

Le processus démocratique et participatif, inspiré de la sociocratie mais enrichi de différents autres courants novateurs de gestion des décisions et des conflits (notamment Reinventing Organisations de Frédéric Laloux), est rigoureusement respecté. La soixantaine de membres présents ont travaillé en ateliers et ont toutes et tous eu l'occasion de faire entendre leur voix et contribuer à la rédaction finale des textes qui seront régulièrement remis sur le métier, au fur et à mesure de l'évolution du projet et des expériences. 

Cette petite équipe de jeunes pleins d'enthousiasme, qui se veut à terme intergénérationnelle, professe un idéal de bienveillance, de partage et de vie simiple. Ils me font irrésistiblement penser à ces premières communautés qui au Moyen Age en Europe se sont éloignées du monde en folie du catholicisme en déliquescence, cherchant les lieux les plus sauvages pour s'y retirer et fonder leurs monastères autour d'idées comme la compassion, le dévouement aux pauvres et soins aux malades. Une autre façon d'être au monde, en somme. Le mouvement de la Transition n'a peut-être rien inventé ...!! L'Histoire bégaierait-elle parfois ?

En tous cas, on souhaite au projet Tera de mener leur navire à bon port à travers les houles de la politique locale, des nécessités économiques, des aléas du climat et des affrontements inter-personnels. Ce sont projets à soutenir moralement et financièrement car ce sont eux qui ouvrent la route à l'indispensable innovation économique et sociale dont nous avons besoin pour survivre.