Affolant : ce que la science nous réserve d'ici à 2030 ...

Penser autrement: 

Patrick Aebischer, futur ex-président de l'EPFL, exposait brillamment hier soir à la Maison de la Paix à Genève les avancées de la science et interrogeait les humains sur leur capacité à prendre conscience de ce qui est en train de se préparer.

Les progrès de la recherche scientifique sont systémiques. Ils se conjuguent dans les domaines du digital, des nano- et bio-technologies, de l'intelligence artificielle et de la robotique.

 

La révolution digitale
Nous vivons désormais dans un monde hyperconnecté qui produit de façon accélérée une masse énorme de données (90% au cours des 2 dernières années !!)  - les big data - que pour l'instant on ne sait pas traiter en tant que telle. Mais la révolution informatique additionnée à l'intelligence artificielle et aux robots permettra sous peu des performances qu'aucun esprit humain ne pourra égaler, même collectivement : les smart data.

 

Les sciences du vivant
Human Brain Project. Largement inspiré par les neurosciences, et centré sur l'Intelligence Artificielle (AI),  ce projet européen dont l'EPFL est partenaire, entend mener la recherche au coeur du cerveau humain dont il va chercher à décrypter le fonctionnement. A terme, tout le monde sera connecté. 

 

La révolution robotique
Dans ce domaine, typiquement, nous avons déjà à faire à des clusters de technologies. Leurs applications se déploieront dans la création de machines et d'objets, dans les transports et la mobilité (nous avons déjà des métros sans conducteur, bientôt ce sera le tour des voitures, ... et sommes-nous prêts à voler dans des avions sans pilotes ???), dans l'armement et les drones, qui pourraient trouver leur usage dans l'agriculture... ,  l'accompagnement et le soin aux personnes âgées, aux enfants, aux malades, etc. ... Mais sommes-nous prêts à accepter cela ?

 

La révolution biologique 
Nous sommes une société vieillissante, qui devrait de ce fait prévoir qu'elle devra prochainement faire face à une épidémie de démentification. Nous savons concevoir et implanter des prothèses, des organes et des membres artificiels, nous allons retarder le vieillissement de plus en plus, ... Mais que faisons-nous de notre conception de nous-mêmes ? quelle place entendons-nous occuper en tant qu'humains dans la biosphère ? Qui sommes-nous, en somme ? Le risque existe que nous devenions des êtres capables de marcher jusqu'à un grand âge, mais incapables de penser....

 

Le génie génétique
Il se pourrait même que le séquençage du génome humain, réalisé en 2004, devienne à terme une marchandise. La médecine digitalisée, qui elle aussi traitera des big data médicales, se dirige vers un Soi quantifié, mis en puce. Reste à définir ce qui échappera à cette mise en fiche et en chiffres : que deviendra la sphère privée ? qui la délimitera et en fera respecter les frontières ? 

Dans la même veine, voyez la technologie révolutionnaire des CRISPR qui permet déjà de cibler un gène et le corriger dans la double hélice de l'ADN. De là à ouvrir des avenues dans la biologie synthétique, le façonnage de l'humain et/ou de l'animal il n'y a qu'un pas qui sera franchi dans les années à venir.

Il faut savoir qu'en tout état de cause, s'il est vain de vouloir empêcher la science de progresser, le seul domaine dans lequel pourrait et devrait être instauré un contrôle est celui des applications qui seront faites des nouveaux savoirs. Or il n'existe pour l'instant aucune autorité qui se penche sur cette question de gouvernance, ni au niveau national, ni au niveau mondial. Une telle autorité aurait pour tâche urgente et prioritaire de décréter un moratoire sur l'édition du génome humain et la rédaction des législations y afférantes. Le vide juridique actuel ne peut être que très inquiétant.

 

L'héritage de la révolution industrielle.
Voilà pour le futur. Nous ne sommes toutefois pas arrivés à aujourd'hui sans quelques problèmes issus de notre passé industriel : le réchauffement climatique, les pollutions diverses et variées de notre biosphère, l'épuisement des ressources et la combustion des énergies fossiles constituent notre héritage de la révolution industrielle.

 

Une gouvernance pour gérer les progrès de la science
Nous pouvons sans doute inventer des alternatives, mais nous semblons incapables d'agir sur la conscience des humains et la dynamique qui les anime (saura-t-on un jour craquer le code de la conscience ??) . Les sciences sociales accusent un retard et une lenteur déplorables dans leur marche vers l'innovation et l'ensemble de la population est scientifiquement illettrée. Nous avons un urgent besoin de réveil de la société civile pour conjuguer sciences sociales et techniques innovantes, au service d'un développement humain conscient de ses responsabilités et de ses choix éthiques.

 

L'éducation en ligne
Une application positive de la révolution digitale sont les MOOCs (massive open online courses), phénomène éducatif nouveau et  formidable, auquel  participe  l'EPFL aux côtés des plus grandes universités mondiales. Notamment avec un cours qui a rassemblé 50'000 étudiants en ligne aux quartre coins de la planète, dont 20% d'Africains peu ou mal connectés au réseau électrique... 10'000 se sont présentés à l'examen final ! C'est plus que tout ce que l'EPFL peut faire dans le même temps avec des étudiants présents sur son campus.

La démocratie, c'est aussi ouvrir l'accès au savoir au plus grand nombre. Toutefois, personne ne peut prédire si les uns et les autres useront de ce savoir avec sagesse....

 

Apprendre à penser
Les mondes jusqu'ici séparés de la Science et de la Politique doivent d'urgence apprendre à se parler. La Genève internationale a dans ce domaine un rôle essentiel à jouer. L'idée est lancée d'une Ecole genevoise de la pensée (Geneva school of thought), qui aurait pour tâches de faire entendre la voix de l'Europe dans le concert des nations, d'anticiper les développements ultra-rapides de la science contemporaine, d'édicter une gouvernance mondiale de ce domaine, de prévoir et gérer l'impact des sciences du cerveau humain, et de rédiger des directives pour réglementer l'usage des drones. 

Si l'on ne peut que partager les inquiétudes de Patrick Aebischer, louer sa clairvoyance et accueillir ses propositions avec intérêt, il serait bon que la-dite société civile soit sollicitée et se manifeste assez vite et clairement pour être partie prenante dans sa totalité des cadres de cette école de pensée, qui pourrait devenir l'organe qui formera celles et ceux qui prendront les rênes du devenir humain 

Il finit son exposé sur la citation suivante d'un prof au MIT : 

Les choses prennent plus de temps qu'on ne pense pour arriver,
mais quand elles arrivent, ça se passe beaucoup plus vite que ce
qu'on aurait pu penser.

 

Quelques questions 
Q: On va manquer d'electricité. Ressource insuffisante. Pauvreté urbaine croissante. Energie de fusion  seule solution d avenir.
R.: ok .mais il faut encore 30 ans de developpement. Solution pour le XXIIe siecle.

Q : Comment introduire l'innovation dans le champ social, malgré le décalage de vitesse entre le développement de la Science et celui du champ social ? 
R : A Genève, nous avons CICR, MSF, des organisations internationales  ... Devons réunir tous ces gens ensemble et apprendre à se parler.

Et pour finir, il est vital pour la Suisse de rester ouverte sur le monde. Renoncer absolument au repli sur soi et à la fermeture de nos frontières.