La COP21, une farce annoncée !

Dans le cadre d'un cycle de conférences consacrées à la justice environnementale et en prévision de la COP21, ATTAC et Climat & Justice sociale ont donné la parole hier soir  à Pablo Solon, militant altermondialiste bolivien et ancien ambassadeur aux Nations Unies.

 

Il a resitué les accord à venir de la  COP21 dans le prolongement des accords de Kyoto (2008-12) et de Cancùn (2012-2020) et nous a bien expliqué que pour 2020-2030, les négociateurs n'allaient ni changer de méthode ni de niveau d'exigence vis-à-vis des Etats signataires, qui vont rester totalement libres d'appliquer ou non ce qu'ils vont se contenter d'avoir à "promettre". A Paris, il est prévu de discuter des raisons de l'immobilisme et de chercher à comprendre pourquoi au lieu de baisser, nos émissions globalement augmentent. Car à Cancun il a été promis de diminuer nos émissions à 44 GigaTonnes /an de GES; et la réalité d'aujourd'hui est que nous en émettons 53 aT/an et les prévisions annoncent 56 GaT/an pour 2020!!!.  Donc, à Paris, malgré les grandes déclarations sur les 2°C qu'il ne faudrait pas dépasser,  on ne cherchera à aucun moment à réduire les émissions de chacun des 193 Etats présents.  Il faut le savoir. 

 

Et pourtant,  60% des  GES viennent de la combustion des énergies fossiles et 20% de la déforestation. On le sait. Donc, le bon sens voudrait que l'on  s'occupe d'éradiquer la déforestation et  laisser en terre les combustibles fossiles. Mais non, ce n'est pas à quoi l'on s'occupera entre négociateurs de la COP21. Imaginer qu'on va réduire les émissions sans s'attaquer à leurs causes, n'est autre que schizophrénie ! Pourquoi ? Déni de réalité, obnubilation des Etats sur le maintien de l'emploi et de la croissance économique, lobbying massif des grandes entreprises, intervention des grandes puissances au Nord ; incohérence, laxisme gouvernemental,  corruption des élites au Sud... en somme, tout le monde veut pour l'instant préserver ses positions de pouvoir et de finance. Résultat : tout le monde doit changer, tant au Nord qu'au Sud !

On doit trouver un nouveau modèle de développement, une autre manière de vivre ensemble sur cette planète et c'est la société civile qui a le ballon, en ce moment. Elle seule -  c'est-à-dire vous et moi avec celles et ceux qui nous entourent - peut agir pour que les choses changent là où nous vivons tous les jours, en choisissant ce que nous voulons préserver sans nous le faire dicter par les habitants des vieilles structures de pouvoir en place.

 

Mais quand on a dit ça, on n'a encore rien dit. Qui nous le dessinera, ce nouveau modèle ? avec quelles idées ? quelles aspirations ? quelles visions ?  La méditation est sans doute une pratique indispensable pour permettre aux humains agités et déconnectés que nous sommes devenus de nous recentrer et nous relier (cf. 24 heures de médiation pour la Terre),  mais elle n'y suffira pas. Il y a de nouvelles idées à propager, de nouveaux outils intellectuels à construire et tester, des prises de conscience à faire au-delà de la doxa usée des partis et des militants historiques, et à ouvrir nos esprits à une nouvelle compréhension des mutations de fond qui sont en train de se produire. A EcoAttitude, on appelle ça Transition intérieure,... mais c'est probablement une expression insuffisante qui demande à être creusée, précisée, compétée, augmentée !

 

Il vaut la peine en ce sens de s'intéresser à un article récent du Monde : Bruno Latour pense autrement la crise écologique et de comprendre que certains artistes et  intellectuels font actuellement un travail fondamental de dégagement de nouveaux horizons, à l'aide d'idées  et de sensibilités nouvelles. Car l'indignation et la colère contre ceux qui continuent leur Business as usual en dépit des menaces et des souffrances, bien que moteurs puissants, ne suffiront pas à nous éclairer la route.... Et la naïveté consistant à croire que la bonté et l'innocence de nos intentions de citoyens de la base finiront par fléchir le système, ne nous mènera sans doute que droit dans les filets de la répression. 

 

Alors quoi ? Est-ce qu'aller à Paris a du sens ? ne faut-il dès lors pas mieux rester chez soi et agir là où on vit ? Oui sans doute, mais rater le rendez-vous de Paris serait une erreur. Si agir localement est indispensable, cela ne suffira pas : il y a à agir au niveau planétaire ! Et justement, c'est pour cela qu'il faut quand même aller à Paris, même en sachant que la COP21 est une vaste farce. Non pas avec l'illusion que nous allons avoir un quelconque impact sur le résultat des négociations, mais bien pour nous reconnaître, nous la société civile,  prendre la mesure de combien et qui nous sommes, au niveau international et  planétaire, quelle énergie nous anime et de quoi nous sommes capables dès lors que nous nous assignerons un but commun. Pour sentir ce qui pourrait se passer le jour où nous prendrons conscience de notre pouvoir et ferons basculer  la société mondiale vers ce nouveau paradigme de l'ère post-pétrole, post-carbone, post-capitalisme. Et cette bascule, ce ne seront pas les politiques qui l'opéreront, c'est certain.

 

Aux dernières nouvelles : la société civile ne sera pas la bienvenue à Paris !!

 
 

« Le gouvernement français s’apprête à rétablir les contrôles aux frontières pendant un mois, le temps de la Conférence internationale sur le climat à Paris. Cette mesure d’exception est prise " en cas de menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure ". La société civile, qui compte se mobiliser en masse, semble particulièrement visée. Nombre de délégations venant de pays du Sud rencontrent des difficultés pour obtenir leurs visas.», constate Sophie Chapelle dans Bastamag

source : http://www.bastamag.net/Le-gouvernement-francais-instaure-le-controle-aux-frontieres-pour-sa-conference

 

Un comble !