Rejet du RBI par le Conseil National : Le discours remarquable et intelligent du conseiller Andreas Gross

Penser autrement: 

 
Cette semaine, le Conseil national helvétique a discuté de l’Initiative populaire fédérale pour un revenu de base inconditionnel. Il s’agit d’une des étapes vers la votation populaire. L’idée est que le Conseil national formule une recommandation. Le résultat: 146 contre, 14 pour et 12 abstentions.

De nombreux parlementaires se sont exprimés. Certains se sentent harcelés par l'idée, comme conseiller national Andrea Caroni (PLR). Tout autre est l'évaluation du conseiller national Andreas Gross (PS). Au titre d’illustration, voici des extraits de son discours :
 
«Une initiative populaire est toujours une question émise par une minorité et qui s’adresse à tous, à l’ensemble de la société. Si 100'000 personnes ont signé une initiative, il relève de leur droit que nous entrions en discussion avec elles de manière décente et que nous répondions à leur question – pas au nom de tous, mais uniquement pour nous; car nous ne faisons qu’adresser une recommandation aux votant et ne rendons pas de décision définitive. Cette discussion décente suppose que l’on se plonge dans la pensée de l’autre et que l’on parte du principe que sa proposition a aussi une logique. Il est tout sauf responsable, M. Caroni, d’insinuer que son interlocuteur manque d’ «esprit». L’autre a tout autant d’esprit et est tout aussi capable de penser que ce que nous revendiquons pour nous-mêmes. Ne pas accorder à l’autre ce dont on se réclame est foncièrement intolérant.
 
Ce que l’on nous propose ici est une utopie. Une utopie n’est cependant ni une illusion ni une chimère. Au vu de notre débat, j’ai le sentiment que nous sommes en fait totalement dépassés. Et même que ce que nous sommes devenus nous rend incapables de faire face aux utopies. [...]
 
Il s’agit d’une vision tout autre de la société. Cette dernière n’est plus façonnée par la performance, la concurrence entre les personnes, le marché du travail – terrain d’une lutte constante – , mais est marquée par le respect, puisque l’on garantit pour l’autre ce que l’on se souhaite pour soi. En ce sens, M. Graber, il n’est question ni de folie ni d’immoralité, mais d’éthique, d’esprit et de civisme, bien plus que vous pouvez l’imaginer. Il s’agit d’une toute autre structure de la société, dans laquelle on vit également du travail – je reviens bientôt sur ce point – car elle libère le travail de la contrainte. C’est le point essentiel. Plus personne ne doit vivre dans l’angoisse de la subsistance. Puisque cette dernière est assurée, on peut travailler d’une façon totalement différente, plus libre et plus indépendante. Cela mène avant tout – il s’agit du point décisif - à un transfert du pouvoir du capital vers le travail, en ce sens que le travailleur peut choisir. Il n’est plus obligatoire de faire ce qui n’a pas de sens. Ainsi, par exemple, la rationalisation va progresser. Le travail qui n’a aucun sens n’aura plus lieu d’être. Ce n’est plus le capital qui, via le rendement ou autre, impose sa loi. Chaque individu a la liberté de décision. Voilà pourquoi il s’agit d’une proposition révolutionnaire, qui modifie totalement le fondement de la société [...]
 
Il existe des thèses selon lesquelles on travaille tellement que l’on n’arrive même plus à penser, que l’on ne réfléchit plus à la raison pour laquelle on a travaillé et que la société du travail nuit bien plus à l’humain – et fait aussi d’énormes dégâts – qu’en ont conscience ceux qui ont auparavant chanté leur propres louanges.
Puisque j’en ai l’opportunité, j’aimerais encore insister sur le fait que, pour moi, l’argument majeur est que l’initiative implique une démocratisation de la démocratie. L’égalité des chances va fortement progresser si les gens ne vivent plus dans la peur et disposent de plus de temps pour s’occuper des questions politiques et sociales en général. [...]»