Faire la paix avec la Terre - une réponse des sagesses du monde au changement climatique - 3

Penser autrement: 

Corinne Pelluchon, prof de philo, nous a rappelé dans son langage très académique, que la crise des ressources, est aussi la crise de la subjectivité, pointant ce qui a été oublié dans nos conceptions du monde. Tout se passe comme si notre capacité à être concerné par les autres s'était usée. En survalorisant l'autonomie, nous nous sommes déresponsabilisés et n'entendons plus la clameur des autres et de la Terre. Ni celle - notamment - des animaux...

Jean-Marc Falcombello, spécialiste du bouddhisme tibétain,  a rappelé que le bouddhisme n'était pas d'essence écologique, même si l'écologie peut se retrouver dans ses enseignements. Il a parlé de la méditation comme exercice spirituel quotidien, et rappelé que sans exercice, la spiritualité ne reste qu'un mot ou un rêve.

L'idée de la méditation repose sur l'échange avec l'autre, avec le monde pour supprimer la souffrance et ses causes : en inspirant/exprirant, je prends ta peine et je te donne mon bonheur. Avant toute médiation, il est recommandé d'exprimer le souhait 

"Puissent tous les êtres 

  • posséder le bonheur et les causes du bonheur
  • parvenir à éviter la souffrance et ses causes"

Si j'ai si peur de l'autre, c'est que je n'ai pas capté à quel point Je est une illusion.

 

Et puis on a même eu Adèle Thorens, co-présidente des Verts suisses ! Ô miracle : une politicienne qui ne parle pas la langue de bois... Elle a cherché à expliquer pourquoi les humains ne changent pas ou très peu leurs comportements, malgré l'information alarmante à laquelle tout le monde a aujourd'hui accès.  Elle y a vu au moins trois raisons : 

  • une forme d'indifférence causée par l'idée "on crèvera tous ensemble". Comme si c'était l'Humanité qui devait se mobiliser et pas moi ! On se déresponsabilise et recrée une illusion de sécurité.
  • la Loi de l'innocence veut que l'on n'agisse pas avec malveillance, mais par habitude, par impossibilité de changer ou manque d'imagination. "Notre monde ne sombrera pas par volonté de nuire...., il s'éteindra comme on éteint une lampe", par l'accumulation de petits gestes automatiques pas méchants en soi...
  • la perspective d'une catastrophe naturelle semble effacer la responsabilité morale individuelle; c'est le crime ultime de déresponsabilisation.

Nous serions atteints d'obsolescence psychique . Comme si nous avions perdu une dimension, celle de la profondeur, dans le temps et dans l'espace.  Les conséquences de nos actes additionnés et multipliés ici, se font sentir ailleurs. Le gigantisme de la question écologique en pousse plus d'un vers le cynisme ou le découragement. Le désinvestissement ou le déni sont de vrais problèmes pour les politiques.

Nous devons aller vers un nouveau contrat social, transformer la démocratie de façon à ce qu'elle prenne en charge aussi la protection de la biosphère. Nous devons réorganiser la relation gouvernants-gouvernés, questionner les marchandages et promesses en campagne, augmenter la prise de responsabilité des gouvernés, aller vers un dépassement de la coupure droite-gauche. Joli programme ! on souhaite bonne chance et beaucoup de ténacité et de pouvoir de conviction à Adèle Thorens !

Les bouddhistes eux, proposent de travailler sur l'intention, sur la visée, sachant que si je change la vue, je modifie l'action. Changeons notre regard sur le monde, changeons de rêve, absolument ! Comment ? par l'exercice, quotidien, sans lequel la spiritualité n'est qu'un mot creux. Le bouddhisme est un entraînement. Pour que la conscience personnelle devienne force de transformation, il est important de faire l'exercice non seulement pour soi, mais aussi du dialoguge avec d'autres consciences !

Nous ne verrons peut-être pas le résultat de ce que nous sommes en train de faire. Il est pourtant nécessaire de dire et répéter, et pratiquer, et incarner. C'est une démarche d'ensemencement. On ne peut pas se contenter de travailler avec ceux qui sont acquis à la cause. Nous sommes encore largement minoritaires. Il faut parler avec les autres. Négocier des compromis. Etre malins. Travailller à long terme. Etre rusés. Tenir.

 

 

Marc-Raphael Guedj - Ancien Grand Rabbin de Genève, animateur de la Fondation Racines et sources à Genève a rappelé que le défi écologique en appelle aux spiritualités et les oblige à décloisonner, car il s'agit bien de sauver la Vie.Or les religions monothéistes anthropocentrées ne nous aident pas à entrer en relation avec la nature, les autres êtres vivants

Dans le Judaïsme, longtemps privé de son accès au sol, la réflexion écologique n'apparaît qu'il y a une grosse dizaine d'années. Le Talmud mentionne le besoin de communier avec l'âme du monde : servir et garder la nature. Chaque brin d'herbe a un ange qui l'accompagne qui lui dit grandis, pousse, épanouis-toi...  Tout commence avec le monde. Ce n'est que dans un second temps que la Révélation nous est donnée : la Thorah pour nous rendre sensibles au mystère du monde.

Le Rabbin Guedj a pointé la différence entre le saint et le sacré, et nous a invités à savoir faire la différence.  Le sacré peut être source de vertige, de violences, or il s'agit de purifier le sacré de sa face d'ombre. Immanence = sacré. Transcendance = saint. Nous assistons aujourd'hui à une désacralisation du sacré par le saint... alors qu'il y a une dialectique à trouver entre saint et sacré.

Et si le mot si le mot religion gêne, enlevez-le ! Le divin est une invitation à aller au-delà. "Quand vous me direz ce que vous entendez par Dieu, je vous dirai si j'y crois ou pas."(Einstein)

 

Cheikh Khaled Bentounès a tenu un discours vigoureux et alarmiste, pointant l'urgence de la prise de conscience de tous et chacun face à l'immensité des dégâts en cours. Il a en outre mentionné la différence qu'il faisait entre islam et religion musulmane, mettant en lumière à quel point cette dernière était en danger, constamment menacée par les excès et les dérives de ceux qui ont accaparé le nom du premier. 

A la question : " L'écologie est perçue en Afrique comme une nouvelle idéologie de domination occidentale dont l'objectif serait d'empêcher le développement des pays du Sud ..." , Cheikh Bentounès répond :  L'Afrique a fait un bond technologique avec internet et les téléphones, mais au prix d'une atrophie du sens du sacré,  et de la communauté. En 2025 la majorité des Africains aura 15 ans. Il est impératif d'arrêter la dégradation éthique, spirituelle et morale de l'Afrique, sous peine de voir grossir encore les rangs de BokoHaram & Co. A bon entendeur, salut !

Il a également - enfin ! - insisté  sur l'indispensable réhabilitation sociale des femmes, qui n'est pas une question de parité mais bien de simple justice ! 

 

Martin Kopp, doctorant en théologie protestante et délégué de la  dération luthérienne mondiale aux conférences climat des Nations Unies a parlé des Initiatives interreligieuses avant et pendant la Cop21 de Paris. Sa mission est de faciliter les dialogues entre Eglises bouddhistesjuives, musulmanes.

Il a fustigé cette sorte de snobisme intellectuel qui consiste à disqualifier  globalement  les COP  qui échouent depuis  si longtemps à trouver ces accords internationaux contraignants requis pour l'ensemble  des Etats de cette planète. Or dans la périphérie des Etats, nombre de groupements et d'organisations se rencontrent et avancent - sans doute à petits pas, mais un travail important se fait. www.coalitionclimat21.org

Le processus de négociation a lieu en permanence durant toute l'année. Et notamment par les Eglises qui font un travail de fond à la fois de ​plaidoyer auprès des décideurs, les pressant de préciser leurs demandes politiques et ​de mobilisation des croyants, pour augmenter la pression de la base.

Il a rappelé que le christianisme est en expansion dans tous les continents, sauf en Europe ! 

Parmi les actions qui se mettent en place d'ici à décembre, en France : cf. http://ourvoices.net/evoke/blog/listing

Pendant la conférence :  suivre les événements sur OurVoices et CoalitionClimat21

  • 30 nov et 1er déc. Jeûne

​Jeûne : entre religions, il est souvent difficile de manger ensemble, mais on peut ne pas manger ensemble ! :-)

 

cf. Assises chrétiennes de l'écologie - 28-29-30 août à St-Etienne

http://ecositessacres.free.fr/Réseau des éco-sites sacrés

 

Lire aussi 24Heures du 23 juillet  : Le parc de Milan à Lausanne se transforme en chemin de méditation inter-religieux !