La permaculture pour reconstruire Gaza

Penser autrement: 

La permaculture, cela ne sert pas qu'à aménager son potager !!

Sous le nom de Grassroots Environmental Action Network (GREAN) Palestine il s'est tout récemment mis en place un réseau mondial de défenseurs de l'environnement, de professionnels du développement et d'entrepreneurs, qui s'est donné pour objectif aider à reconstruire la bande de Gaza déchirée par la guerre en combinant la puissance des relations humaines avec une conception soutenable du développement territorial.  

 

A Gaza, les combats ont pris fin avec le cessez-le feu d'août 2014, mais la dévastation est toujours là. En plus de  la pénurie de logements déjà aiguë, près de 20 000 maisons ont été lourdement endommagées ou détruites; en ce début  d'hiver environ 100 000 citoyens de Gaza sont sans abri.

Alice GrayAlice Gray, enseignante et consultante en permaculture, a passé le plus clair de son temps en Palestine depuis 8 ans.Elle témoigne de l'horreur à laquelle elle a assisté de loin l'été dernier. Sa réaction a été de fonder le réseau GREAN-Palestine, une association d'agriculteurs, de militants, de professionnels du développement, d'étudiants et d'entrepreneurs; ils appliquent les concepts de la permaculture pour aider les populations locales à se mettre en réseau, à  reconstruire leur vie ensemble et à devenir plus résilients face au conflit en cours et aux problèmes environnementaux.

"Pour définir la permaculture, je n'aurais qu'un mot : empowerment." (notion complexe difficile à traduire en français par un seul mot : autonomisation avec ses composantes de pouvoir, de responsabilités et de compétences acquises. NdlR), dit-elle avec enthousiasme. "Il se agit de reprendre le contrôle.» Pas simple,dans une région où les agriculteurs se soucient plus de la terre dont ils seront peut-être expulsés que de la qualité du compost ou du fonctionnement de leurs toilettes sèches.

«La Palestine est en de situation paralysie ultime», dit Gray. «Les gens sont déconnectés de leur environnement et on leur refuse l'accès aux ressources essentielles pour brider leur autonomie et les garder sous contrôle." Contrairement à l'approche top-down de l'aide internationale classique qui commence seulement  à arriver sous forme de milliards de $ et de camions de matériaux, ses méthodes d'intervention à elle sont peu conventionnelles, ne coûtent quasiment rien et reposent sur les ressources disponibles.

C'est dans son expérience personnelle que Gray puise son scepticisme par rapport aux grands projets d'aide internationaux. En 2006, après un doctorat en écologie à l'Université de Bangor, elle devient consultante pour une agence de développement de l'eau en Palestine, mais perd rapidement ses illusions en observant l'approche souvent myope des acteurs de terrain et le gaspillage des ressources. "Tout n'est pas tout mauvais, il se fait aussi beaucoup de bonnes choses sensées, mais cette approche est très sensible à la corruption," dit-elle.

Gray doute que le récent afflux d'argent profite durablement à Gaza. "Il se pourrait que la reconstruction soit vraiment mal faite; il se pourrait qu'ils mettent en place d'énormes monstruosités en béton sans tenir compte de l'énergie, ni des ressources en eau ni des températures ambiantes;  qu'ils ne prévoient ni stockage de chaleur, ni stockage de l'eau et ne fassent aucune référence à l'environnement,... ce qui ferait de ces bâtiments des trous noirs d'énergie extrêmement inconfortables, voire invivables. Nous avons là un énorme problème de conception, de design ".

Et c'est là que la permaculture pourrait, d'après elle,  jouer un rôle vital. Bien que la plupart des gens la considèrent encore comme étant de l'agriculture -  après tout, c'est un concept qui s'est initialement développé dans les années 1970 en réaction à l'industrialisation croissante de l'agriculture - la permaculture s'applique beaucoup plus largement.

L'un de ses principes fondamentaux est de maximiser les connexions utiles entre les composantes d'un système. Cela s'applique à n'importe quel domaine, que ce soit au compagnonnage des plantes entre elles - par exemple la plantation de l'ail près tomates pour dissuader les pucerons - ou aux bâtiments passifs dont l'orientation précise des fenêtres  maximise l'énergie de la lumière du soleil. Cela s'applique même au rôle que jouent les humains dans un système particulier et aux relations qu'ils établissent entre eux, comme le font les plantes !
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Après avoir quitté son travail dans le développement en 2008, elle s'est tournée vers la permaculture et a aidé à mettre en place Bustan Qaraaqa, une ferme pédagogique située en Cisjordanie, qui accueillait des bénévoles et proposait des ateliers de partage de compétences pour les agriculteurs locaux. Ce sont des problèmes de gestion de conflits humains qui ont provoqué la fermeture de la ferme en 2012 : "En permaculture, nous savons faire des gabions (paniers métalliques remplis de roches pour lutter contre l'érosion des sols) et cultiver la forêt vivrière, mais les humains qui sont  un des éléments les plus importants dans un système, ... on ne sait pas toujours en faire façon !  ".Toutefois après quatre années de construction des relations humaines, il en est resté ce qu'elle considère comme le bien le plus précieux: un réseau mondial de personnes, la base de GREAN Palestine.

"GREAN Palestine, c'est une structure zéro frais généraux, entièrement gérée par des bénévoles," dit-elle. "Ce n'est même pas vraiment une organisation, c'est plutôt un réseau de personnes. On peut l'utiliser comme mécanisme de financement et comme réseau de contacts. Il faut que les gens s'en servent pour ce dont ils ont besoin. "

 

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